Santé numérique en Afrique : OMS, Rwanda, Sénégal, Côte d'Ivoire
Cadre de l'OMS Afrique pour la santé numérique, dossier patient informatisé au Sénégal et en Côte d'Ivoire, e-Ubuzima au Rwanda : état des lieux et leçons.
En Afrique, la santé numérique n'est plus un ensemble de projets pilotes financés par des bailleurs : plusieurs pays déploient désormais des dossiers patients informatisés à l'échelle nationale, adoptent des stratégies d'intelligence artificielle et légifèrent sur les données de santé. Tour d'horizon du cadre fixé par l'OMS pour la région africaine et de trois exemples souvent cités : le Rwanda, le Sénégal et la Côte d'Ivoire.
Le cadre de l'OMS pour la région africaine
Un cadre régional depuis 2021
En 2021, lors de sa 71e session, le Comité régional de l'OMS pour l'Afrique a adopté un cadre de mise en œuvre de la Stratégie mondiale pour la santé numérique dans la région. Ce document invite les États à se doter d'une gouvernance de la santé numérique, à investir dans l'infrastructure et l'interopérabilité, et à développer les compétences des personnels.
Un suivi régulier
En 2023, le Comité régional a adopté une résolution sur la cybersanté invitant les États membres à élaborer et mettre en œuvre des politiques dédiées. En 2024, un rapport de situation sur la mise en œuvre du cadre a été présenté à la 74e session. Au niveau mondial, les États membres de l'OMS ont décidé en mai 2025 d'élaborer une nouvelle stratégie mondiale pour la santé numérique couvrant 2028-2033, et le bureau régional africain a organisé des consultations à ce sujet.
Le message de l'OMS est constant : le numérique doit renforcer les systèmes de santé existants, et non s'y superposer sous forme de solutions isolées et incompatibles entre elles.
Rwanda : la numérisation à marche forcée
Le Rwanda est souvent présenté comme un pionnier. Le pays est connu pour la livraison par drones de sang et de produits médicaux vers des structures éloignées, opérée par la société Zipline. Plus récemment, l'effort porte sur le dossier médical électronique : selon un article d'avril 2025, la plateforme nationale e-Ubuzima, développée localement, était active dans 15 districts, avec l'objectif de supprimer les dossiers papier dans tous les établissements publics d'ici fin 2025. Les obstacles cités sont concrets : équipement informatique de plus de 500 centres de santé et formation au numérique des personnels, notamment les plus âgés. Le même article évoque un projet d'« hôpital virtuel » fondé sur la télémédecine.
Sénégal : du plan stratégique aux projets phares
Le Sénégal s'est doté d'un Plan stratégique Santé digitale 2018-2023. En avril 2025, le ministère de la Santé et de l'Action sociale a fait valider un cadre politique de mise en œuvre de la santé digitale, accompagné de recommandations sur la coordination et la protection des données de santé. Le gouvernement a engagé six projets phares, dont :
- le dossier patient informatisé (DPI) ;
- la télémédecine ;
- un système d'information hospitalier ;
- un système d'information géographique en santé ;
- la numérisation de la gestion des médicaments et de la santé communautaire.
Le DPI a démarré en phase pilote en mars 2024 à l'hôpital Abass Ndao de Dakar, avant d'être étendu, notamment à Kaffrine début 2025. Lors des débats budgétaires de fin 2025, le ministre a indiqué que l'objectif de 300 000 dossiers patients informatisés était atteint à 73 %. Un projet de loi sur la santé numérique est par ailleurs en préparation.
Côte d'Ivoire : un déploiement à grande échelle
La Côte d'Ivoire a créé une Coordination nationale du développement des TIC pour la santé (CNDTIC-Santé) pour piloter ses projets d'e-santé. Lors du Forum Intech Santé de juin 2026, le ministère a présenté des chiffres de déploiement : système d'information hospitalier dans 390 centres de santé, dossier patient informatisé opérationnel dans 230 établissements, et plus de 10 millions de dossiers numérisés. Le DPI ivoirien comporte trois volets : administratif, paramédical et médical. Le pays s'est également doté en 2025 d'une stratégie nationale de l'IA et d'une stratégie de gouvernance des données, où la santé figure parmi les domaines prioritaires.
Ce que ces expériences enseignent
| Enjeu | Constat commun |
|---|---|
| Équipement | Le matériel et sa maintenance conditionnent tout le reste |
| Formation | L'adhésion des soignants est décisive, surtout hors des grandes villes |
| Interopérabilité | Sans référentiels communs, les systèmes ne communiquent pas |
| Protection des données | Le cadre juridique suit souvent le déploiement au lieu de le précéder |
| Saisie | Un DPI ne vaut que par la qualité et la complétude des informations saisies |
Ce dernier point est souvent sous-estimé. Remplacer le dossier papier par un dossier informatisé déplace la charge de travail vers la saisie au clavier, dans des services déjà sous tension. La question du temps médical consacré à la documentation devient alors centrale, tout comme celle des langues : le français domine dans les dossiers, mais les échanges avec les patients se font souvent en langues nationales.
Et l'intelligence artificielle ?
Plusieurs pays, dont la Côte d'Ivoire, intègrent désormais la santé dans leur stratégie nationale d'IA. L'OMS rappelle dans ses lignes directrices de 2024 sur les grands modèles d'IA que ces outils doivent être évalués dans les contextes où ils sont utilisés, avec une attention particulière aux pays à revenu faible et intermédiaire, où les données d'entraînement sont souvent peu représentatives.
En pratique
- Inscrivez les projets numériques de votre établissement dans la stratégie nationale et ses référentiels.
- Prévoyez le budget de maintenance et de formation, pas seulement l'achat initial.
- Exigez l'interopérabilité de tout logiciel avec le système d'information national.
- Anticipez le temps de saisie induit par le dossier informatisé et les outils pour le réduire.
- Vérifiez le cadre local de protection des données avant toute externalisation.
Questions fréquentes
L'OMS a-t-elle une stratégie de santé numérique pour l'Afrique ?
Oui. Le Comité régional de l'OMS pour l'Afrique a adopté en 2021 un cadre de mise en œuvre de la Stratégie mondiale pour la santé numérique, suivi par un rapport de situation en 2024.
Quels pays africains ont déployé un dossier patient informatisé ?
Entre autres le Rwanda (e-Ubuzima), le Sénégal (DPI depuis 2024) et la Côte d'Ivoire, où le DPI était opérationnel dans 230 établissements en 2026.
Quel est le principal obstacle à la santé numérique en Afrique ?
Les expériences nationales citent surtout l'équipement, la formation des personnels, l'interopérabilité et la protection des données.
Sources
- OMS Afrique — Framework for implementing the Global strategy on digital health in the WHO African Region (AFR/RC71/10)
- OMS Afrique — Progress report on the Framework for implementing the Global strategy on digital health (AFR/RC74/INF.DOC/3)
- Daba Finance — Rwanda races to fully digitize public health system by end 2025
- Osiris — Le Sénégal valide le cadre politique de sa stratégie de santé digitale
- Le Soleil — Grâce à 6 projets majeurs, le gouvernement enclenche l'accélérateur pour digitaliser la santé
- Digital Mag — Forum Intech Santé : défis et progrès de la transformation numérique en Côte d'Ivoire
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