Internes et résidents : charge mentale et heures de travail
Heures de travail, gardes et charge mentale des internes et résidents : repères internationaux, données marocaines et pistes pour alléger le quotidien.
Les années d'internat et de résidanat sont celles où l'on apprend le plus, et souvent celles où l'on dort le moins. Gardes enchaînées, responsabilités croissantes, encadrement variable et tâches administratives : la charge mentale des médecins en formation est un sujet récurrent au Maroc comme ailleurs. Que sait-on de leurs heures de travail, et quelles limites existent dans d'autres pays ?
Ce que montrent les données marocaines
Les études publiées sur les médecins en formation au Maroc décrivent une situation préoccupante. Au CHU Ibn Rochd de Casablanca, une enquête menée en 2013-2014 auprès de 191 internes et résidents (Pan African Medical Journal, 2017) a retrouvé 31,8 % de burnout sévère. Les facteurs associés relevaient surtout de l'environnement de travail :
- des problèmes de communication au sein de l'équipe ;
- un accompagnement jugé insuffisant ;
- l'insatisfaction vis-à-vis des seniors ;
- la peur de commettre une erreur médicale.
Chez les soignants d'anesthésie-réanimation, une étude multicentrique (Cureus, 2023) a identifié la participation aux gardes parmi les facteurs de risque d'épuisement.
Il n'existe pas, à notre connaissance, de mesure nationale publiée du nombre d'heures hebdomadaires réellement effectuées par les internes et résidents marocains. C'est en soi une donnée manquante.
Un sujet au cœur des mobilisations
En 2024, la Commission nationale des médecins internes et résidents (CNIR) a organisé plusieurs grèves nationales, en mars, en avril, puis en novembre 2024, tout en maintenant les urgences, la réanimation et les gardes. Parmi les revendications rapportées par la presse figuraient la réévaluation des indemnités de garde, de meilleures conditions de formation et de stage, et une rémunération en adéquation avec les missions. Les médecins en formation dénonçaient aussi des horaires exténuants et un manque de ressources humaines et matérielles.
Les repères internationaux sur le temps de travail
D'autres systèmes de santé ont fixé des plafonds explicites. Ils ne s'appliquent pas au Maroc, mais ils donnent un ordre de grandeur utile pour le débat.
| Cadre | Règle principale |
|---|---|
| États-Unis (ACGME, depuis 2003) | 80 heures par semaine au maximum, en moyenne sur 4 semaines ; 30 heures consécutives au maximum |
| Union européenne (directive sur le temps de travail) | 48 heures par semaine en moyenne sur une période de référence ; 11 heures de repos quotidien consécutif |
En Europe, les arrêts SiMAP et Jaeger de la Cour de justice de l'Union européenne ont établi que le temps de garde sur place, y compris les périodes d'inactivité comme le sommeil à l'hôpital, compte comme temps de travail (BMA). Ces décisions ont profondément réorganisé les plannings hospitaliers européens.
La charge mentale ne se résume pas aux heures
Le nombre d'heures n'est qu'une partie du problème. La charge mentale d'un interne vient aussi de :
- l'incertitude : prendre des décisions avec un senior parfois peu disponible ;
- la fragmentation : interruptions constantes, bips, appels, demandes simultanées ;
- la documentation : observations, comptes rendus, lettres de sortie, bons d'examen ;
- la peur de l'erreur, retrouvée comme facteur de burnout sévère à Casablanca.
La part administrative est souvent sous-estimée. Une étude de référence menée aux États-Unis (Sinsky et al., Annals of Internal Medicine, 2016) a observé 57 médecins en ambulatoire : pour chaque heure passée face au patient, ils consacraient près de deux heures au dossier informatisé et aux tâches de bureau. Le contexte est différent, mais ce constat parle à beaucoup d'internes qui terminent leurs comptes rendus après la fin de leur garde.
Ce qui fonctionne selon la littérature
Une méta-analyse publiée dans JAMA Internal Medicine en 2017 (19 études, 1 550 médecins) montre que les interventions contre le burnout ont un effet modeste mais réel, et que les interventions organisationnelles sont plus efficaces que celles centrées sur l'individu. La plupart réduisaient la charge de travail ou modifiaient les plannings. Une autre méta-analyse (The Lancet, 2016) cite la limitation des heures de travail parmi les changements organisationnels associés à moins de burnout.
En pratique
- Rendre visible le temps réel : un relevé anonyme des heures et des gardes dans un service est le premier pas pour objectiver la charge.
- Protéger le repos après la garde : c'est la règle la plus constante dans les cadres internationaux.
- Structurer la supervision : un senior joignable et identifié réduit l'incertitude, facteur majeur de stress.
- Alléger la documentation : modèles de comptes rendus, dictée et répartition claire des tâches administratives libèrent du temps clinique.
- Ne pas rester seul : en cas de symptômes anxieux ou dépressifs, en parler à un pair, un senior ou un professionnel de santé mentale.
Questions fréquentes
Combien d'heures travaillent les internes et résidents au Maroc ?
Aucune mesure nationale publiée n'a été identifiée. Les études marocaines décrivent toutefois une charge élevée et un burnout fréquent, et les gardes figurent parmi les facteurs de risque.
Quelles limites existent ailleurs ?
Aux États-Unis, l'ACGME limite le travail des résidents à 80 heures par semaine en moyenne sur 4 semaines. Dans l'Union européenne, la directive fixe 48 heures hebdomadaires en moyenne et 11 heures de repos quotidien.
Quelles mesures réduisent le plus le burnout des médecins ?
Selon une méta-analyse de 2017, les interventions organisationnelles, comme la réduction de la charge de travail ou l'adaptation des plannings, sont plus efficaces que les seules mesures individuelles.
Sources
- Pan African Medical Journal — Burnout chez les médecins en formation au CHU Ibn Rochd de Casablanca (2017)
- TelQuel — Les médecins internes et résidents en grève du 26 au 28 novembre (2024)
- BMA — Doctors and the European Working Time Directive
- PNHP — Physicians spend two hours on EHRs and desk work for every hour of direct patient care (Sinsky et al., 2016)
- AHRQ PSNet — Controlled interventions to reduce burnout in physicians (Panagioti et al., JAMA Intern Med 2017)
- PubMed — Interventions to prevent and reduce physician burnout (West et al., Lancet 2016)
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