Médecins étrangers au Maroc (loi 33-21) : état des lieux
Inscription à l'Ordre, exercice temporaire, MRE, réserves de la profession : ce que permet la loi 33-21 aux médecins étrangers au Maroc et son bilan.
Pour répondre à la pénurie de praticiens, le Maroc a ouvert plus largement l'exercice de la médecine aux médecins étrangers et aux médecins marocains établis à l'étranger. L'outil juridique est la loi 33-21, qui modifie la loi 131-13 relative à l'exercice de la médecine. Cinq ans après son adoption, où en est-on ? Voici le cadre légal, les chiffres disponibles et les débats qu'il suscite.
Ce que change la loi 33-21
Adopté en Conseil de gouvernement le 27 mai 2021, puis voté par le Parlement, le texte a été publié au Bulletin officiel à l'été 2021 (Le360). Il modifie la loi 131-13 sur plusieurs points.
L'inscription à l'Ordre remplace l'autorisation ministérielle dans le privé
La loi abroge les articles 27 et 28 de la loi 131-13. Désormais, l'exercice permanent de la médecine dans le secteur privé par un médecin étranger est subordonné à son inscription au tableau de l'Ordre national des médecins, et non plus à une autorisation préalable du ministre. Une fois inscrit, le médecin reçoit une carte qui vaut titre de séjour. Cela simplifie nettement les démarches administratives.
Un exercice temporaire facilité
Le texte lève aussi des obstacles à l'exercice temporaire au Maroc, qu'il s'agisse de médecins étrangers non résidents ou de Marocains résidant à l'étranger (MRE). Ce dispositif vise notamment les missions ponctuelles, les actes de haute spécialité et les échanges avec des équipes étrangères.
Les mêmes exigences de diplômes
Les médecins étrangers restent soumis aux mêmes conditions de diplôme que leurs confrères marocains. Les diplômes doivent être reconnus et déclarés équivalents.
Une adoption contestée par la profession
La loi a été accueillie avec réserve. En 2021, des syndicats du public comme du privé ont dénoncé l'absence de concertation et redouté un exercice « sans conditions contraignantes » (Hespress FR). Le Conseil national de l'Ordre des médecins (CNOM) a insisté sur la nécessité de vérifier les compétences et la qualité des formations, et a estimé que le législateur devrait « assumer ses responsabilités » (Hespress FR).
D'autres critiques ont porté sur l'efficacité même de la mesure. Certains observateurs ont jugé la loi insuffisante pour combler la pénurie tant que les conditions d'exercice et les rémunérations, notamment dans le public, ne seront pas compétitives. Dans le même temps, le Maroc perd chaque année plusieurs centaines de ses propres médecins.
Combien de médecins étrangers exercent au Maroc ?
Les données publiques sont rares. Devant la Chambre des représentants, l'ancien ministre de la Santé Khalid Ait Taleb avait indiqué qu'au moins 453 médecins étrangers exerçaient dans le secteur privé marocain (L'Opinion). Il avait aussi annoncé la publication prochaine des textes d'application et la volonté de développer des incitations pour attirer des médecins étrangers vers le secteur public (Aujourd'hui le Maroc).
À notre connaissance, aucun bilan chiffré consolidé n'a été publié depuis. En 2025, l'actuel ministre, Amine Tahraoui, a de nouveau cité l'attraction de médecins étrangers parmi les leviers pour atteindre l'objectif de 45 professionnels de santé pour 10 000 habitants en 2030 (Hespress FR). Ce levier reste pour l'instant marginal face à l'ampleur du déficit, estimé à environ 32 000 médecins.
Enjeux pour les médecins installés
Pour les praticiens déjà installés au Maroc, l'arrivée de confrères étrangers soulève plusieurs questions :
- La qualité et la sécurité des soins : vérification des compétences, maîtrise des protocoles nationaux, continuité des soins.
- La langue et la documentation : un médecin étranger doit produire des ordonnances, des certificats et des comptes rendus conformes aux exigences des caisses d'AMO, en français ou en arabe, et communiquer avec des patients parfois arabophones ou amazighophones.
- La concurrence, surtout dans les grandes villes, alors que les besoins se situent d'abord dans les régions sous-dotées.
- La coopération, notamment avec les médecins MRE, qui peuvent apporter des compétences rares lors de missions temporaires.
En pratique
- Pour un médecin étranger, la démarche passe par l'équivalence du diplôme et l'inscription au tableau de l'Ordre national des médecins ; le titre de séjour en découle.
- Pour un médecin MRE, l'exercice temporaire est facilité : renseignez-vous auprès du Conseil national de l'Ordre sur les pièces exigées.
- Pour une clinique qui recrute, prévoyez l'intégration aux circuits de documentation et de facturation AMO dès l'arrivée du praticien.
- Restez prudent sur les chiffres : il n'existe pas de bilan public récent du nombre de médecins étrangers autorisés.
Questions fréquentes
Un médecin étranger peut-il exercer dans le privé au Maroc ?
Oui. Depuis la loi 33-21, l'exercice permanent dans le privé est subordonné à l'inscription au tableau de l'Ordre national des médecins, sous réserve de diplômes reconnus équivalents.
Combien de médecins étrangers exercent au Maroc ?
Le dernier chiffre officiel public, donné par l'ancien ministre Khalid Ait Taleb, faisait état d'au moins 453 médecins étrangers dans le secteur privé. Aucun bilan récent n'a été publié.
La loi 33-21 concerne-t-elle les médecins marocains de l'étranger ?
Oui. Elle facilite aussi l'exercice temporaire au Maroc des médecins marocains résidant à l'étranger.
Sources
- Le360 — Santé : les détails de la nouvelle loi autorisant les médecins étrangers à exercer au Maroc
- Hespress FR — CNOM : en adoptant le PL 33.21, le législateur devra assumer ses responsabilités
- Hespress FR — PL 33-21 : les médecins du secteur public et privé unis pour la même cause
- L'Opinion — Au moins 453 médecins étrangers exercent au Maroc (Khalid Ait Taleb)
- Aujourd'hui le Maroc — Exercice des médecins étrangers au Maroc : les textes d'application bientôt publiés
- Hespress FR — Le Maroc vise 45 professionnels de santé pour 10 000 habitants à l'horizon 2030
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